Voie de relégation ou seconde chance?

Voie de relégation ou seconde chance ? le conseil scientifique de la FCPE se penche sur les lycées professionnels

Il est commun en France de dénigrer la place des lycées professionnelles synonyme de voix de garage pour élèves « en difficulté d’apprentissage » et « massivement issus des classes populaires » mais tout aussi habituel de promouvoir l’apprentissage des jeunes via les compétences et les savoirs nécessaires à « l’insertion sociale et professionnelle » tout en espérant accrocher l’ascenseur sociale par la poursuite d’études supérieurs.

La classification des savoirs et notamment les difficultés à concevoir la réussite de tous par le prisme de le formation professionnelle est-elle possible ? Le conseil scientifique de la FCPE répond.

 

Véritable choix ?

Bourdieu et Passeron en 1964 avait théorisé la reproduction du système éducatif mettant en exergue « les familles instruites transmettent un capital culturel à leurs enfants sous forme d’habitus favorisant la réussite scolaire » et l’école de récompenser favoriser en retour les qualités, l’intelligence des élèves « socialement construites ». Ceux/celles qui n’avaient pas cette « héritage » se retrouvaient écartés puis dirigés en fin de 3ème vers un enseignement professionnelle…

En 1973, le sociologue Raymond Boudon critique Bourdieu&Co en rappelant l’importance des appréciations nécessaires en cours de scolarité pour véritablement s’engager dans une poursuite d’études longues, un investissement moindre et une insertion plus rapide pouvant être tout aussi préférable. De plus, la récente réforme de bac pro permettant des passerelles vers des études supérieurs autorise l’ascenseur scolaire avec un bac prof en poche, identique au filière générale.

Les filières générales sont coûteuses, seul un niveau Master aujourd’hui permets une véritable sécurité d’emploi en sortie d’étude.

Malgré la position dominante actuelle qui par des résultats scolaires moyens/médiocres poussent les familles populaires a dirigé leurs enfants vers une filière professionnelles, Raymond Boudon démontre que pour éviter les échecs d’études supérieurs longues, mais aussi par des apports d’un enseignement générale qui pour certains parait trop rédhibitoires, afin pour ceux optant pour l’acquisition d’un métier rapidement voir se lancer dans l’entrepreneuriat, les choix opérés peuvent-être consentis et assumés.

La position dominante masque une réalité de choix assumé !

« Notre France est si profondément pénétrée de l’esprit latin qu’il existe un préjugé contre l’enseignement pratique » indiquait Victor Duruy en 1863 alors ministre de l’instruction publique « Ce préjugé ne pousse pas mieux à faire des études classiques mais il empêche de bien faire des études usuelles ».

La position universitaire et plus récemment le débat sur l’échec scolaire stigmatise encore un peu plus un public à faible capital culturel. La place du latin dans les années antérieures dans l’apprentissage suppléé par les mathématiques aujourd’hui serve de catalyseur pour sélectionner stigmatiser les élèves alors que la réalité est tout autre.

Les programmes du collège continuent à préparer son public au bac alors que 59% des élèves n’y accèdent pas.

Les apports d’une formation professionnelle sont nombreux, assumés mais la France reste dans le déni s’agissant de reconnaitre ses contributions et ce n’est évidemment pas que pour des causes sociologiques.

Le sens donné à un parcours scolaire questionne d’autant plus qu’un élève en échec retrouve la réussite dans un cursus professionnel car associé plus prêt dans l’exercice d’une profession porteur d’un sens plus réaliste.

 

La temporalité

Le projet de réforme de JM Blanquer ministre de l’éducation, introduit une amélioration avec l’ajout de 2000 postes pour les Bacs prof souhaitant poursuivre leurs études en BTS mais ne réponds pas à la temporalité nécessaire pour certains d’ingérer les savoirs généraux, d’intégrer les parcours chaotiques (abandon, reprise, expérimenter un emploi) amenés à subir/vivre, accueillir la nécessaire diversité des cursus.

Le carcan bureaucratique et centralisé du système scolaire impose une vision temporelle et d’accès aux études supérieures alors les profils de demandeurs peuvent être âgés, en reconversion, sur un autre secteur.

 

Volonté politique

Derrière le traditionnel schéma d’une « voix d’excellence », formulations incantatoires et stéréotypées « revalorisation de la voie professionnelle » « modèles Allemand », la volonté de transformer l’enseignement professionnel nécessite de réel bouleversement au niveau pédagogique, administratif et bien sur budgétaire qui semble ne pas se dessiner au regard des actuels mesures prises par l’actuel ministre de l’éducation.

Les récents travaux et initiatives prises sur le terrain pour améliorer les parcours, rapprocher les alternants vers des formations scolaires, développer des passerelles, le tout orchestrés par des chefs d’établissements et enseignants animés d’une volonté de promouvoir la formation se retrouvent à affronter la technocratie de l’appareil éducative additionné à l’autorité du pouvoir en place source de profond freins et désillusions.

La réforme du ministre Blanquer semble poursuivre les évolutions initiées par ses prédécesseurs (augmentation du nombre de places en BTS, création de seconde prof en rapport aux filière) sans toutefois avoir entendu les initiatives et constat provenant des acteurs de terrain, améliorer le calendrier et le tout dans un contexte de réduction budgétaire.

 

Làs encore une chance malheureuse de passer à côté d’une modification en profondeur.

Infos pratiques

Pour poursuivre,

Note 14 du conseil scientifique

Votre bureau du Maine et Loire